Frais d’achat immobilier dans le canton de Vaud : le calcul réel
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Frais d’achat immobilier dans le canton de Vaud : le calcul réel

20 octobre 2026 10 min de lecture
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« Comptez 5 % de frais » : la formule circule, et elle est fausse pour la plupart des achats dans le canton de Vaud. Les frais d’acquisition ne sont pas une estimation au doigt mouillé. Ils découlent de trois tarifs publics, que n’importe qui peut lire et recalculer. Voici la décomposition exacte, puis un exemple chiffré de bout en bout.

Ce montant compte pour vous à un moment précis : les frais d’acquisition doivent en règle générale être couverts par vos fonds propres, en plus de l’apport demandé pour le bien lui-même. Les connaître avant de faire une offre évite une mauvaise surprise 15 jours avant la signature.

Les postes, et qui les fixe

1. Le droit de mutation

C’est de loin le poste le plus lourd. Dans le canton de Vaud, l’impôt cantonal est de 2,2 % (loi concernant le droit de mutation, art. 10). Il se calcule sur la valeur de l’immeuble ; le prix convenu dans l’acte est présumé la représenter, mais si ce prix paraît inférieur à la valeur réelle, l’autorité fiscale retient cette dernière (LMSD, art. 6). La commune où se trouve le bien peut y ajouter au maximum 50 centimes par franc perçu par l’État, soit 1,1 % au plus.

En pratique, la nuance n’en est pas une. En consultant les arrêtés d’imposition communaux 2026 publiés par le canton, on constate que la quasi-totalité des communes vaudoises prélève le maximum, à une exception près. Autrement dit : sur La Côte, en Terre Sainte, sur la Riviera comme à Lausanne, le taux réel est de 3,3 %.

Sauf convention contraire, ce droit est dû par l’acquéreur (LMSD, art. 4 al. 2 let. a). Les deux parties en répondent toutefois solidairement envers le fisc. Une répartition différente peut se négocier, mais elle doit figurer dans l’acte : elle ne se présume pas.

2. L’émolument du registre foncier

Toute inscription relative à la propriété d’un immeuble est soumise à un émolument de 1,5 pour mille du prix fixé dans l’acte, avec un minimum de 100 francs et un maximum de 20’000 francs par opération (loi sur le registre foncier, art. 26).

Si vous financez par emprunt, la constitution de la cédule hypothécaire déclenche un second émolument, lui aussi de 1,5 pour mille, calculé cette fois sur le montant de la créance (art. 28), auquel s’ajoute l’inscription au registre des créanciers : 50 francs pour une cédule papier, 100 francs pour une cédule de registre.

3. Le droit de timbre sur la cédule

Poste oublié de presque tous les budgets, parce qu’il ne concerne que ceux qui empruntent. Les contrats de gage immobilier sont soumis à un droit de timbre cantonal de 2 pour mille de la valeur constatée dans l’acte, arrondie aux mille francs inférieurs, les actes de 5’000 francs ou moins en étant exemptés (loi sur le droit de timbre, art. 1 et 3). Il est perçu par le registre foncier en même temps que son émolument (art. 4).

Sur une cédule de 800’000 francs, cela représente 1’600 francs. Ce n’est pas le poste le plus lourd, mais c’est celui qu’on découvre au décompte.

4. Les émoluments du notaire

Le notaire vaudois n’est pas libre de son tarif : il applique le Tarif des honoraires dus aux notaires pour des opérations ministérielles (TNo). Pour un acte de vente déposé au registre foncier dans les 30 jours, le barème est dégressif par tranches (art. 14), minimum 300 francs :

Barème de l’acte de vente (TNo art. 14)

jusqu’à 100’000 : 7 pour mille
de 100’001 à 300’000 : 4 pour mille
de 300’001 à 500’000 : 2,5 pour mille
de 500’001 à 750’000 : 2 pour mille
de 750’001 à 2’500’000 : 1,5 pour mille
de 2’500’001 à 10’000’000 : 1 pour mille

La cédule hypothécaire suit un barème distinct, un peu plus bas (art. 20) : 5 pour mille jusqu’à 100’000, puis 3,5 jusqu’à 300’000, 3 jusqu’à 500’000, 2 jusqu’à 750’000 et 1,5 jusqu’à 1’000’000, puis 1 pour mille jusqu’à 5 millions et 0,5 au-delà. Minimum 100 francs.

À ces émoluments s’ajoutent les honoraires du notaire pour les opérations préalables et consécutives à l’acte, calculés selon l’importance et la difficulté de l’affaire (art. 1), ses débours, et la TVA au taux ordinaire de 8,1 %. C’est la part variable du décompte : demandez un devis, tout notaire en établit un.

5. Ce qui n’est pas un frais d’acquisition

La commission de courtage est due par celui qui a signé le mandat de courtage, le plus souvent le vendeur dans une vente classique (CO, art. 412 et 413). Les frais de dossier bancaires, l’éventuelle expertise de la banque et l’assurance de prêt relèvent du financement, pas de l’acquisition. Ne les confondez pas dans votre budget : ils ne se calculent pas sur le prix du bien.

Acheter sur plan : les frais ne portent pas sur le même montant

Tout ce qui précède vaut pour un bien déjà construit : l’acte porte sur le prix total, et chaque poste se calcule sur ce prix. Dans le neuf, l’opération se présente souvent autrement. Vous achetez par acte notarié le terrain, ou la quote-part de terrain d’un lot en PPE, et la construction fait l’objet d’un contrat d’entreprise séparé, payé par tranches au fil du chantier.

Le droit de mutation se calcule sur la valeur réelle de l’immeuble transféré (LMSD, art. 6). Si l’acte ne transfère qu’un terrain, avec un contrat d’entreprise distinct pour la maison, cette valeur est en principe celle du terrain, et le droit de mutation, l’émolument du registre foncier et celui du notaire pour l’acte de vente portent alors sur son prix. Le montage des contrats et l’état du chantier au jour de l’acte peuvent changer la base : c’est au notaire de le confirmer. La cédule hypothécaire, elle, garantit le financement total : ses frais ne changent pas.

Villa neuve à 1’500’000 francs, dont 500’000 pour le terrain

Droit de mutation, 3,3 % : 16’500 au lieu de 49’500
Registre foncier, propriété : 750 au lieu de 2’250
Notaire, acte de vente : 2’000 au lieu de 3’625
Soit environ 36’000 francs de moins, TVA comprise, si la base retenue est bien le seul terrain.

Trois réserves avant de compter dessus :

  • Ce qui est déjà bâti au jour de l’acte est imposé. Signer quand le gros œuvre est terminé, c’est payer le droit sur le gros œuvre.
  • Les prestations accessoires mises à votre charge s’ajoutent au prix, et l’autorité peut retenir la valeur réelle si le prix convenu lui paraît trop bas (LMSD, art. 6 al. 3 et 5). Un prix de villa clés en main simplement découpé en deux contrats ne passe pas forcément.
  • L’économie sur les frais s’accompagne d’autres risques propres à la construction : paiements par tranches, garantie d’achèvement, hypothèque légale des artisans. Ils se vérifient dans le contrat d’entreprise, avant de signer.

Un exemple complet : un appartement à 1’000’000 de francs

Achat par un particulier, sur une commune prélevant le taux usuel, avec une hypothèque de 800’000 francs et une cédule de registre.

Décompte pour un prix de 1’000’000 francs

Droit de mutation, 3,3 % : 33’000
Registre foncier, propriété (1,5 ‰) : 1’500
Notaire, acte de vente (barème art. 14) : 2’875
Registre foncier, cédule de 800’000 (1,5 ‰) : 1’200
Droit de timbre sur la cédule (2 ‰) : 1’600
Inscription au registre des créanciers : 100
Notaire, constitution de la cédule (barème art. 20) : 2’375
TVA 8,1 % sur les émoluments du notaire : 425
Total : environ 43’100 francs, soit 4,3 % du prix, hors honoraires et débours du notaire.

Le même achat payé comptant, sans cédule, tombe à environ 37’600 francs, soit 3,76 % : tout ce qui touche au gage disparaît. Et comme les barèmes du notaire sont dégressifs alors que le droit de mutation est proportionnel, le pourcentage baisse légèrement quand le prix monte : sur un bien à 2’000’000 financé à 80 %, l’ensemble revient à environ 83’000 francs, soit 4,15 %. Vous pouvez refaire ce calcul sur votre propre prix.

D’où vient alors le « 5 % » souvent cité ? Des honoraires et débours du notaire, qui s’ajoutent au calcul ci-dessus sans être tarifés à l’avance, et d’une marge de prudence. L’ordre de grandeur à retenir se situe donc entre 3,8 % pour un achat comptant et un peu plus de 4,3 % avec une cédule neuve, honoraires non compris. Mais ces chiffres dépendent de votre financement : seul le décompte du notaire fait foi, et il s’obtient avant de signer.

Ce que les acheteurs oublient

  • Financer les frais avec les fonds propres minimaux. Si votre apport correspond tout juste à ce que la banque demande, les frais ne sont pas couverts : ils viennent en plus. Les règles de fonds propres varient d’un établissement à l’autre et selon le type de bien ; c’est une question à poser tôt à votre financier.
  • Oublier la cédule existante. Si le bien est déjà grevé d’une cédule au bon montant, sa reprise coûte nettement moins cher qu’une constitution neuve. Cela se lit sur l’extrait du registre foncier, que peu d’acheteurs consultent avant de faire une offre.
  • Ignorer la répartition prévue par l’acte. Qui paie le droit de mutation, les émoluments, les frais de radiation des cédules du vendeur : tout cela figure dans le projet d’acte, et se discute avant, pas après.

Questions fréquentes

Les frais de notaire sont-ils négociables dans le canton de Vaud ?

Les émoluments ne le sont pas : ils résultent d’un tarif arrêté par le Conseil d’État, identique chez tous les notaires vaudois. Les honoraires pour les opérations annexes et les débours varient en revanche d’une étude à l’autre, et un devis comparatif a du sens sur cette part.

Puis-je choisir mon notaire en tant qu’acheteur ?

Dans les faits, le notaire est souvent désigné par le vendeur ou par le courtier, et cela se discute. Rien ne vous empêche de proposer le vôtre, ni de faire relire le projet d’acte avant la signature.

Le droit de mutation s’applique-t-il en cas de succession ou de divorce ?

Ces transferts relèvent d’un régime distinct. L’émolument du registre foncier tombe à 0,75 pour mille pour une inscription relative à une succession, un partage successoral ou une liquidation de régime matrimonial (LRF art. 27). Pour le droit de mutation lui-même, les exonérations sont définies par la loi : faites le point avec le notaire chargé du dossier.

Avant de faire une offre

Le prix affiché n’est jamais ce que l’opération vous coûte. Entre les frais d’acquisition, les travaux privatifs et les provisions collectives d’une PPE, l’écart avec le budget imaginé au départ se chiffre souvent en dizaines de milliers de francs. Si vous avez un bien en vue sur La Côte, en Terre Sainte ou sur l’arc lémanique, je peux établir ce budget avec vous avant votre offre, le décompte définitif restant celui du notaire : la démarche est décrite sur la page Conseil à l’achat.

Si c’est vous qui vendez, ces frais vous concernent deux fois : les droits de mutation et les frais d’acte payés à votre propre achat se déduisent de votre gain imposable, et la radiation de vos cédules reste à votre charge. J’en fais le point avec l’estimation de votre bien, offerte dans le cadre du mandat de vente.

Sources

Loi vaudoise concernant le droit de mutation (LMSD), art. 4, 6 (al. 1, 3 et 5) et 10. Loi sur les impôts communaux (LICom), art. 23. Arrêtés d’imposition communaux 2026, tableau publié par l’État de Vaud. Loi du 9 octobre 2012 sur le registre foncier (BLV 211.61), art. 26 à 28. Loi du 10 décembre 2013 sur le droit de timbre (BLV 652.11), art. 1, 3 et 4. Règlement fixant le tarif des émoluments du registre foncier (BLV 211.61.1). Tarif des honoraires dus aux notaires pour des opérations ministérielles (BLV 178.11.2), art. 1, 14 et 20. Chiffres vérifiés en septembre 2026 ; les tarifs peuvent être modifiés par le Conseil d’État.

Rémi Désert

Écrit par

Rémi Désert

Courtier immobilier diplômé USPI, spécialiste de l’arc lémanique. J’accompagne propriétaires et acquéreurs entre Terre-Sainte et Lausanne.

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